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mardi 8 mars 2016

LIRE DES NOUVELLES (7)

ALTER EGO,
 Colin Thibert 

    "Le jour de ses quinze ans, Lionel fut invité à s’asseoir dans le magnifique fauteuil en ronce de zamier habituellement dévolu aux clients du cabinet Bernaudet. Il se demanda si son père allait également lui proposer un cigare, mais ce dernier se contenta de déclarer d’un ton solennel :
    - Lionel, tu atteins aujourd’hui l’âge de la majorité légale… Il est temps pour toi de connaître le secret des Bernaudet !…
    - Un secret ? Super !
   - Ne m’interromps pas, quand je parle ! Un secret, disais-je, dont je suis certain que tu feras le meilleur usage ! Ainsi que ton grand-père et moi-même l’avons fait avant toi…
    - Pas de problème, p’pa.
Maître Bernaudet jeta un regard oblique à son fils et soupira longuement avant de poursuivre :

    - Tel que tu me vois, je devrais être mort plusieurs fois !".

    Cette semaine, Sébastien avait choisi de nous faire travailler sur Alter ego, une nouvelle d'anticipation qui donnait matière à débat, puisqu'il s'agit d'un texte qui s'interroge sur les enjeux sociétaux du clonage humain.
    Deux grands axes de réflexion nous avaient été proposés :
    - Comment définir le cadre éthique du clonage humain à des fins thérapeutiques ?
    - Quelles seraient les conséquences idéologiques, économiques et culturelles de cette pratique médicale ?
    Si Alter ego fut le support de notre discussion, il permit aussi de mettre en évidence d'autres questionnements : le clonage humain doit-il être légalisé ? Tout le monde pourra-t-il y avoir accès ? Quel sera le statut du clone (voir les thèmes de l'animal de laboratoire et de l'élevage en batterie évoqués dans le texte) ? Comment va évoluer la notion de maladie ? Quel type de médecine va se mettre en place, puisque le clone fournit des pièces de rechange au corps humain (le médecin ne deviendra-t-il pas un simple "garagiste") ? Quelles seront les conséquences économiques liées au clonage (cf. disparition de certaines industries et de certaines professions) ? Que va devenir notre rapport à la mort ? Autant de questions auxquelles il vous appartient maintenant de répondre, après avoir lu Alter ego...

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L'Homme de Vitruve, Léonard de Vinci, vers 1492

mercredi 20 janvier 2016

LIRE DES NOUVELLES (6)

LE VAGABOND,
 Maupassant 

    "Depuis quarante jours, il marchait, cherchant partout du travail. Il avait quitté son pays, Ville-Avaray, dans la Manche, parce que l'ouvrage manquait. Compagnon charpentier, âgé de vingt-sept ans, bon sujet, vaillant, il était resté pendant deux mois à la charge de sa famille, lui, le fils aîné, n'ayant plus qu'à croiser ses bras vigoureux dans le chômage général. Le pain devint rare dans la maison ; les deux sœurs allaient en journée, mais gagnaient peu ; et lui, Jacques Randel, le plus fort, ne faisait rien parce qu'il n'avait rien à faire, et mangeait la soupe des autres..."

    Cette semaine, comme nous désirions travailler sur une nouvelle à visée sociale, Sophie nous a proposé Le vagabond de Maupassant. En effet, à travers la figure littéraire de "l'errant", Maupassant nous livre ici un texte engagé qui dénonce la cruauté de l'être humain, telle qu'elle peut se manifester lors des grandes périodes de misère sociale. Dès lors, les mécanismes mis en jeu pour broyer les plus faibles sont implacables : c'est ce que met en scène la nouvelle de Maupassant.
    Parmi les nombreux ressorts narratifs qu'utilise l'auteur, on s'attachera plus particulièrement aux jeux d'opposition qui structurent le texte. Ainsi, sont sans cesse confrontés l'errance et la sédentarité, l'abondance et la pauvreté, le groupe et l'individu. Les thèmes de la faim, du désespoir et de la déshumanisation sont tout particulièrement travaillés et mènent le vagabond sans travail vers une inexorable descente aux enfers.
    Le constat de l'écrivain est sans appel : dès lors qu'un homme est mis "hors société", il devient immanquablement le jouet d'un destin funeste et tragique.


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jeudi 26 novembre 2015

LIRE DES NOUVELLES (5)

LA HACHE D'OR,
 Gaston Leroux

    "Il y a de cela bien des années, je me trouvais à Guersaü, petite station sur le lac des Quatre-Cantons, à quelques kilomètres de Lucerne. J'avais décidé de passer là l'automne, pour y terminer quelque travail, dans la paix de ce charmant village qui mire ses vieux toits pointus dans une onde romantique où glissa la barque de Guillaume Tell...".
 
    Cette semaine, nous avions choisi de travailler sur une nouvelle policière écrite par Gaston Leroux, le père de "Rouletabille". Le fil rouge de l'écrivain était particulièrement intéressant à étudier puisque La Hache d'Or est une réécriture de La Barbe Bleue : il y a une reprise du conte de fée pour le transposer dans un contexte toujours fictionnel, mais réaliste. De ce fait, les éléments magiques sont transformés, ou gommés de la narration, tandis que la psychologie des personnages s'étoffe. C'est l'introduction du récit qui assure le passage entre le conte et la nouvelle par ses caractéristiques informatives (description de la ville de Guersaü, de l'hôtel, de la table d'hôte...). D'autre part, les principaux épisodes de La Barbe Bleue figurent bien dans La Hache d'Or, mais ils ne font que structurer le corps du texte car ils ont été remaniés de façon à s'insérer dans un récit romanesque, et la fin de la nouvelle, respectant les caractéristiques du genre, est une chute dont l'effet dramatique est immédiat. 
Enfin, on notera que, si certains éléments du conte ont bien été conservés (la pièce interdite, les absences du mari, son caractère qui évolue au fur et à mesure du texte...), seul le titre "La Hache d'Or" relève encore directement du conte de fée...


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"LA HACHE D'OR"


mardi 10 novembre 2015

LIRE DES NOUVELLES (4)

LES BOUCHES INUTILES,
Octave Mirbeau

   Cette semaine, c'est Claude, le président de l'association, qui a choisi comme nouvelle à lire "Les bouches inutiles", d'Octave Mirbeau. Les raisons de ce choix sont multiples. Tout d'abord, le point de départ de ce récit est tragique, dérangeant, et s'étend à l'ensemble de la nouvelle. L'humanité des personnages fait défaut tout au long du texte au profit d'une vision du monde matérialiste et dénuée de toute préoccupation affective : par leur absence de compassion, les acteurs de ce drame deviennent peu à peu des êtres in-humains, privés de sentiments et d'émotions.
   Dans ce contexte, l'ultime épisode Des bouches inutiles - que le lecteur perçoit bien comme une chute - devient un tour de force, car il s'inscrit dans un récit qui est lui-même une chute, un abîme dans lequel sombre peu à peu le personnage principal.
   C'est alors que, parmi les nombreux thèmes abordés, celui de la mère nourricière prend toute sa dimension tragique, et vaine, au détour de la nouvelle :
   "C'était une très vieille, une très douce chèvre, toute blanche, avec de petites cornes noires et une longue barbiche pareille à celle des diables de pierres qui gambadent sur le portail de l'église. Après avoir longtemps donné de jolis chevreaux et du bon lait, son ventre était devenu stérile et ses mamelles s'étaient taries. Elle ne coûtait rien, pourtant, en nourriture et en litière, et ne gênait personne [...]. Il aurait pu la laisser mourir ainsi. Mais il l’avait égorgée, un matin, parce qu’il faut que tout ce qui ne rapporte plus rien, lait, semences ou travail, disparaisse et meure".


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"LES BOUCHES INUTILES"(1)


(1) On peut trouver cette nouvelle, entre autres, dans le recueil : Contes cruels, Octave Mirbeau, Les Belles Lettres, 2009, 1236 pages.

lundi 2 novembre 2015

LIRE DES NOUVELLES (3)

LE  PETIT,
Maupassant

     Cette nouvelle de Maupassant est parue en 1883 dans la revue Le Gaulois et elle s'inscrit résolument dans un des mouvements littéraires les plus en vogue de l'époque. Le récit, en effet, se veut réaliste grâce à l'évocation de scènes de la vie de tous les jours, de même que la psychologie des personnages se construit à travers des descriptions rapides et des accumulations de traits de caractère illustrant le quotidien des personnages :
    "Des années encore passèrent, et Jean prit neuf ans. Il savait à peine lire, tant on l'avait gâté, et n'en faisait jamais qu'à sa tête. Il avait des volontés tenaces, des résistances opiniâtres, des colères furieuses. Le père cédait toujours, accordait tout. M. Duretour achetait et apportait sans cesse les joujoux convoités par le petit, et il le nourrissait de gâteaux et de bonbons...".
    La structure temporelle du texte concourt elle aussi au réalisme du récit. Elle est clairement définie par l'auteur (les cinq premières années de mariage - la naissance de l'enfant - ses premiers mois de vie - ellipse narrative de neuf ans - la scène du repas - la situation finale), et elle permet un resserrement de l'action qui aboutit à la violence des deux dernières scènes.
    Tous ces différents éléments - réalisme, description, temporalité...- contribuent donc à ce que la fin de la nouvelle soit vécue par le lecteur comme une chute bien réelle qui met en scène un thème cher à Maupassant, à savoir celui de la filiation.
      La nouvelle est d'ailleurs très explicite sur ce point :
     "C'était la chair de sa femme, son être continué, comme une quintessence d'elle. Il était, cet enfant, la vie même [de sa femme] tombée en un autre corps...".


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mercredi 30 septembre 2015

LIRE DES NOUVELLES (2)

LA NUIT D'HALLOWEEN
Giuliana Acanfora

   Giuliana Acanfora est une journaliste italienne qui travaille dans la presse locale. Elle participe aussi en qualité de modératrice au forum littéraire PescePirata. Sa passion pour la littérature l'a poussée à écrire, et ses récits se sont qualifiés dans divers concours et ont figuré dans plusieurs anthologies.

   La nuit d'Halloween est un récit en trois temps, fluide et bien équilibré, qui maintient l’intérêt du lecteur jusqu'à la fin de l'histoire. S'inscrivant résolument dans le genre littéraire de la nouvelle, la résolution finale a été construite par l'auteur en vue d'une "chute" à laquelle s'attend le lecteur, sans pour autant l'anticiper. Et si on retrouve dans cette nouvelles les grands poncifs de la littérature fantastique, Giuliana Acanfora a su leur donner des résonances qui fournissent matière à interprétation. 


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vendredi 25 septembre 2015

LIRE DES NOUVELLES (1)

TRICOTER LE TEMPS
Sandrine Bettinelli

   Sandrine Bettinelli a participé au site littéraire La Tache d'Encre et elle est membre du comité de lecture du site Ecrits Vains. Elle a été lauréate de nombreux concours de nouvelles et de poésie. Ses écrits ont été publiés dans des recueils collectifs, dont Violences.Ecrits.Net, Atypique-Editions.

 Dans la nouvelle "Tricoter le temps", c'est la structure du récit qui est particulièrement originale. Elle permet de relancer l'histoire et de maintenir le suspense. De plus, l'auteur a choisi une fin ouverte pour sa nouvelle, ce qui donne matière à réflexion au lecteur tant au niveau du dénouement qu'au niveau de l’interprétation qu'on peut donner du titre.


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"TRICOTER LE TEMPS" 



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